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FRANCOPHONES DE l’IHEID: #1 Mon français est à mon image.

Pour célébrer la journée internationale de la francophonie du 20 mars, l’Amicale des étudiant-e-s francophones de l’IHEID vous propose, en collaboration avec The Graduate Press, une série de témoignages d’étudiantes et d’étudiants de l’IHEID. Chacune et chacun raconte sa vision de la langue française, que ce soit son identité, sa pratique, son apprentissage ou encore ses difficultés. Ces témoignages sont l’occasion de s’interroger sur le bilinguisme de l’Institut, et le plurilinguisme en général, tout en célébrant la francophonie dans sa diversité.

Laura Mauricio, Suisse, Italie, Portugal, 2ème année MIA

“En y réfléchissant, je réalise que ma relation à la langue française n’est simplement qu’un autre prisme par lequel faire sens de ma vie. La langue française, je l’ai aimée et détestée. De son côté, elle m’a peut-être aimée mais je crois surtout qu’elle a détesté ma grammaire. En réalité, ce lien conflictuel vient du fait que la langue française m’a trahie. Je la croyais vendue à ceux qui savaient la manier. J’enviais ceux qui maitrisaient ses mélodies et ses mots dits « compliqués ». Pendant longtemps je fus incapable de la voir inclure, je ne la voyais qu’exclure. Quand, sur les bancs d’école, j’étais incapable de saisir toute l’étendue de son vocabulaire et de sa grammaire, j’avais le sentiment que le monde ne pourrait jamais être à moi. Qui confierait le monde à ceux qui ne savent pas manier la langue française ? Au fil des ans, le français allait devenir ma faille.

Cela s’est traduit par le sentiment que je ne pourrais jamais écrire un livre ou devenir journaliste. Car, pour écrire une langue, il fallait aussi savoir résumer, se concentrer, et il fallait lire. Je n’ai jamais été très douée pour résumer et je n’ai jamais vraiment trop lu. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser que j’adorais les mots, leur son, leur forme, leur résonance au-delà de leur sens. J’aimais écrire comme je le voulais, de manière légère mais surtout très fausse. Toutefois, la peur de me voir démasquer dans mon incompétence me poussa à arrêter d’écrire. Écrire devint un facteur d’anxiété, signe d’un manque de confiance. Si bien que quand, récemment, j’ai retrouvé l’envie d’écrire, j’ai redécouvert ce qu’était vraiment pour moi la langue française.

Je réfléchis, j’associe et j’imagine en français. Je suis un être qui parle le français par un hasard migratoire, mais c’est cette langue qui fait de moi qui je suis. Mon français est à mon image.  Il est grammaticalement bancal, déconcentré, étymologiquement multiple et il ne sait pas vraiment où il va. Bien que la langue française porte en elle une histoire discriminatoire et violente, qu’elle soit un héritage d’une élite dominante, j’ai réalisé que rien ne m’empêchait de continuer à cultiver l’amour de cette langue. Pour être totalement franche, je n’ai fait qu’appliquer ce que je savais déjà : le meilleur moyen de s’affranchir d’une structure de pouvoir est de se réapproprier les symboles et les normes qui nous discriminent. Alors parlez haut et fort cette langue qui vous fait. Elle ne sera jamais fausse mais vôtre.”

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