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La santé des hommes, les épaules des femmes : l’impact sexospécifique de la maladie et de la guérison de COVID-19

Auteures : Laura Biscaglia et Marion Provencher
Publié par The Graduate Press en anglais, le 26 mars 2020.

Avertissement : nous ne sommes pas scientifiques, mais toutes les données rapportées viennent de sources établies (et si vous croyez aux théories du complot concernant la COVID-19, aucune des sources que nous citons ne sera fiable pour vous, désolé). De plus, la grande majorité des articles scientifiques s’intéressent à deux sexes biologiques et deux identités de genre. Nous accueillons toutes suggestions de ressources existantes qui prend en compte la diversité sexuelle. 

La COVID-19 arrive pour vous, messieurs ! Vous l’avez bien entendu. La tristement célèbre COVID-19 semble causer plus de décès chez les hommes que chez les femmes. Pour nous, les femmes, le sort est peut-être de notre côté cette fois-ci. Après tout, nous devons déjà endurer des douleurs menstruelles, les bretelles de soutien-gorge qui glissent, des conversations maladroites « pourquoi-n’as-tu-pas-encore-d’enfants” avec de la famille éloignée que nous voyons une fois par an, ou la taxe rose (‘pink tax’) même sur les shampoings les moins chers Lidl. COVID-19, dis-nous, pourquoi épargnes-tu les femmes ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Nous n’avons pas l’habitude d’être (les plus) chanceuces.

Pour comprendre le phénomène, il faut jeter un œil aux données disponibles. En Italie, pays le plus touché d’Europe, les hommes sont 60% plus susceptibles d’être infectés, et 70% des personnes décédées sont des hommes. Le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies rapporte que, bien que les chances de contracter le virus soient similaires pour les femmes et les hommes chinois, le taux de mortalité pour les hommes a atteint 2,8%, contre 1,7% pour les femmes. Nous le savons: il faut un acte de foi pour faire confiance à ces chiffres, sachant qu’ils sont souvent trop peu trop tard, et surtout après avoir vu à quel point les gouvernements du monde ont décidé de cacher les côtés plus laids de la pandémie dans leur propre version de la Chambre des secrets de Harry Potter. (Et la Suisse a aussi sa part de secrets.)

Mais oublions un instant les données incomplètes des autorités et tournons-nous vers l’histoire des épidémies. Ne vous inquiétez pas, nous ne vous emmènerons pas le trou sans fond des épidémies à travers l’histoire de l’humanité (quoique admettez-le, c’est une séries que vous regarderiez avec plaisir sur Netflix). Nous allons rester brèves. Les hommes ont été beaucoup plus touchés que les femmes pendant les épidémies du SRAS et du MERS, au point où le taux de mortalité chez les hommes à Hong Kong auraient été 50% plus élevés. Est-ce une coïncidence? Peu de choses dans la vie le sont, et un virus ciblant des gens au hasard, et frappant accidentellement plus de chromosomes XY, n’est pas très probable. 

Attention, et pour le rappeler à tous : les infections virales ne conspirent pas contre le patriarcat. Respirez. La COVID-19 n’a pas été cultivée en laboratoire par des féministes radicales pour éliminer la population masculine. (Oups, venons-nous de commencer une nouvelle théorie du complot?). Nous disons: votre privilège ne va nulle part. Tout ira bien. 

Cela nous laisse avec LA question: pourquoi plus d’hommes que de femmes sont affectés, et meurent, de la COVID-19? Soyez averti.e.s, nous sommes sur le point d’ouvrir une boîte de Pandore sur le sexe biologique, la santé et la masculinité. Des sujets dont nous aimons tou.te.s parler, nous le savons. Vous êtes les bienvenus. 

Il existe de nombreuses théories sur les raisons pour lesquelles les hommes sont plus à risque que les femmes. Certains pointent vers des facteurs biologiques, d’autres vers des facteurs sociologiques. À notre avis, un terrain d’entente est probablement le pari le plus sûr. C’est un fait incontesté qu’il existe des différences biologiques sous-jacentes entre les hommes et les femmes, y compris dans la façon dont ils et elles traitent les infections virales des voies respiratoires. On ne sait pas tout à fait encore pourquoi, mais les femmes ont tendance à avoir des réponses du système immunitaire plus fortes, ce qui les rend plus sensibles aux maladies auto-immunes (nay) mais aide également de nombreuses femmes à lutter contre les agents pathogènes viraux (yay). Même avant que le système immunitaire ne soit impliqué, la COVID-19 a tendance à trouver un terrain plus fertile chez les hommes, qui sont généralement dans des conditions de santé plus mauvaises que leurs homologues féminines. Si vous êtes un homme ‘millenial’ qui faites son pudding aux graines de chia pour le petit déjeuner et ne boit que de l’eau filtrée avec une pincée de poivre de Cayenne, ne soyez pas insulté par cette généralisation sur la santé des hommes. Vous êtes une exception dans ce monde et nous ne parlons tout simplement pas de vous. 

Les hommes sont plus à risques parce qu’en partie, les hommes sont généralement en moins bonne santé que les femmes, et en partie parce qu’ils ont tendance à adopter des comportements plus risqués, comme le tabagisme et la consommation excessive d’alcool. Ils sont également plus susceptibles de manger n’importe comment (nous vous mettons au défi de compter combien de fois vous avez vu deux gars « virils » s’affronter sur Instagram pour savoir qui fabrique le meilleur salade végane riche-en-oméga-3-faible-en-gras-et-riche-en-protéines). Nous ne disons pas que cela ne se produit pas, mais ce comportement est moins susceptible d’être affiché comme un signe de fierté, un témoignage de masculinité. De temps en temps, vous pouvez voir défiler un mec végétalien et en mission pour montrer comment vous pouvez avoir les abdos des tortues ninja sans immoler une vache par jour à la philosophie de “mon corps est mon temple”. Mais ces mecs sont rares et certainement moins courants que le gars qui ne se soucie pas de ce qu’il mange ou de la quantité d’activité physique qu’il fait, probablement parce qu’il croit que pour se choper une fille tout ce qu’il lui faut c’est un compte de banque rempli. 


Pour beaucoup d’entre nous (hommes et femmes), la laitue c’est pour les filles au régime et les lapins, et les rendez-vous chez le médecin sont des signes de faiblesse, car «être un homme signifie une tolérance élevée à la douleur, alors arrêtez de pleurnicher». Il est prouvé que les hommes subissent des contrôles moins réguliers, qui sont essentiels pour maintenir une bonne santé et prévenir les maladies chroniques, et comptent plutôt sur l’auto-traitement pour résister à la douleur. Il est important de garder à l’esprit que bon nombre d’hommes qui sont maintenant âgés (et donc plus à risque de complications aux suites de la COVID-19) ont grandi dans un monde qui ne concevait pas d’autres expressions de la masculinité. Pour certains d’entre eux, l’idée même de prendre soin d’eux n’était probablement même pas imaginable. Donc, oui, les normes de genre comptent. Pas seulement pour les filles qui portent un t-shirt « this is what a feminist looks like », mais aussi pour vous (les hommes de ce monde). Les normes de genre contribuent à ce qui est perçu comme étant un ‘bon’ ou un ‘mauvais’ comportement, à ce qui est un signe de ‘force’ ou de ‘faiblesse’. Les normes de genre influencent notre santé, et la fois que nous avons de la comprendre et d’en prendre soin. Sommes-nous si surpris que la COVID-19 ait eu un impact différent sur les hommes et les femmes du monde entier? Peut être pas tant que ça, au final. 

Nous avons parlé des hommes. Tournons donc notre attention vers les femmes. «Mais les hommes meurent! Qu’est-ce que cela a à voir avec les femmes? » nous vous entendons dire entre deux poignées de Cheetos en faisant défiler cet article. La réponse est: cela a tellement à voir avec les femmes que vous regretterez de l’avoir demandé. Vous avez peut-être entendu parler du terme «double fardeau». Le double fardeau est ce que nous appelons la double responsabilité de devoir travailler pour gagner de l’argent, tout en étant également responsable de la majeure partie du travail domestique non rémunéré d’un ménage. Le « travail domestique non rémunéré » c’est toutes les choses quotidiennes que l’on doit faire, mais que vous préféreriez payer pour que quelqu’un d’autre le fasse. Ce sont vos tâches préférées: cuisiner, acheter des articles ménagers, nettoyer, laver ou prendre soin des enfants, des parents malades et des personnes âgées. Mais ce ne sont pas seulement des tâches quotidiennes: le travail domestique comprend également la prise en charge du bien-être de chacun, comme convaincre votre père de prendre ses médicaments pour le cœur ou de ne pas aller au bar pour boire une bière avec tous ses amis pendant une pandémie. Cela prend beaucoup d’énergie mentale

Selon vous, qui fait la plupart du travail domestique non rémunéré dans un ménage? Vous l’avez deviné. Maintenant, quel segment de la population est le plus touché par le double fardeau? Exactement. Vous n’êtes toujours pas convaincu? Nous avons des chiffres pour le prouver. 

Selon une étude de l’Organisation internationale du travail portant sur 23 pays en développement et 23 pays développés, les femmes effectuent 2,6 fois plus de travail domestique non rémunéré que les hommes. Et en prenant en considération le travail rémunéré et non rémunéré, les femmes travaillent généralement plus d’heures par jour que les hommes.

Source : UN Women. Redistribute unpaid work. 2016

Pour revenir à notre amie la COVID-19, les chiffres sont clairs. Alors que les hommes sont les plus à risque, ce sont les femmes qui en subissent le plus les conséquences. Le confinement ou l’auto-isolement augmente le double fardeau pour les femmes. Non seulement ils doivent s’occuper de leurs enfants, car les écoles et les crèches sont fermés, mais beaucoup ont également la responsabilité de gérer leur ménage en période de mobilité réduite (« Voici la liste d’épicerie, chérie! N’oubliez pas le snack préféré des enfants »). Les personnes qui ont contractées la COVID-19 auront besoin de soins. Les personnes qui présentent des symptômes de la COVID-19 auront besoin de soutien. Les personnes ayant des conditions préexistantes et les personnes âgées auront toutes besoin de soins et de soutien. Qui fournira ces soins? Officiellement, surtout des femmes. On estime que les femmes représentent 70% des travailleurs des secteurs sanitaire et social. En Suisse, ce nombre atteint 80% dans les professions médicales. Informellement? Aussi des femmes. Les femmes effectuent plus de deux fois et demie le travail domestique non rémunéré en temps «normal». Qui sait à quel point cela va empirer avec la pandémie?

Alors que la pandémie bat son plein, les inégalités existantes entre hommes et femmes deviennent encore plus évidentes. Et comme les décès causés par la COVID-19, qui seraient beaucoup plus élevées chez les hommes que chez les femmes, continuent d’augmenter, de nombreuses femmes verront leurs partenaires, pères, frères, amis mourir. De ces femmes, en deuil, beaucoup sont âgées, isolées, financièrement vulnérables et exposées au risque de complications liées à COVID-19. La pandémie est une loupe pour les conséquences des normes de genre sur les hommes et les femmes. Tout le monde est affecté par le virus; reconnaissons donc tous que les hommes et les femmes sont affectés de manières différentes. 

2 comments on “La santé des hommes, les épaules des femmes : l’impact sexospécifique de la maladie et de la guérison de COVID-19

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