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Élection complémentaire au Conseil fédéral: Pas de révolution en vue à Berne

L'élection complémentaire au Conseil fédéral, prévue ce mercredi 7 décembre ne devrait pas créer de surprises. Tour d'horizon des différents candidats et enjeux.

Par Amédée Hirt

Ce mercredi 7 décembre, l’Assemblée fédérale se réunira au grand complet pour élire deux nouveaux conseillers fédéraux. En effet, le 30 septembre dernier, le conseiller fédéral en charge du Département des finances, l’UDC zurichois Ueli Maurer, annonçait sa démission pour la fin de l’année. Il était imité le 2 novembre par sa collègue, la socialiste en charge du DETEC[1], Simonetta Sommaruga. Si celui d’Ueli Maurer était attendu, le départ de Simonetta Sommaruga a été plus abrupt que prévu, accéléré par l’état de santé du mari de la ministre bernoise.

Ces décisions prises, restait à savoir qui allait pouvoir leur succéder. Rapidement, un grand nombre de présumés « papables » et même favoris renoncent à se présenter. A l’UDC, les femmes se font remarquer par leur absence. Esther Friedli, (conseillère nationale SG), Natalie Rickli (conseillère d’État ZH) ou encore Magdalena Martullo-Blocher (conseillère nationale GR, fille de Christophe Blocher), autant de candidates sérieuses qui ont renoncé à se lancer dans la course. Finalement, le ticket proposé par le groupe parlementaire UDC aux chambres fédérales compte deux noms: Albert Rösti et Hans-Ueli Vogt, écartant au passage la seule femme candidate, la conseillère d’État nidwaldienne, Michèle Blöchiger.

Chez les socialistes, pour la présidence du parti, il était clair dès le départ qu’une femme devrait succéder à une femme. Et ce, malgré la fronde menée par le conseiller aux États zurichois Daniel Jositsch, qui aurait bien aimé (et sans doute pu) être élu au Conseil fédéral. Au final, ce sont Eva Herzog et Elisabeth Baume-Schneider qui seront présentées comme candidates officielles du parti socialiste à l’Assemblée fédérale mercredi. Elles ont été préférées à la Bernoise, Evi Allemann, ministre de la Justice du Canton de Berne, juriste et jeune mère de 44 ans.

Quatre candidats pour deux sièges [2]

Albert Rösti (55 ans), est considéré comme le favori pour prendre la place d’Ueli Maurer. Représentant la puissante section bernoise de l’UDC, traditionnellement plus agrarienne, le conseiller national d’Uetendorf adhère aussi aux idées blochériennes. Président du parti de 2016 à 2020, sa longue expérience de parlementaire à Berne joue en sa faveur. Hors des rangs de l’UDC, il passe pour quelqu’un de sympathique avec qui l’on peut discuter et trouver des consensus. Cependant, un fond assez dur et une proximité avec les milieux des énergies fossiles affaiblissent la position de l’ingénieur agronome de formation. 

Rösti est en concurrence avec Hans-Ueli Vogt (53 ans), candidat zurichois. Son profil dénote au sein de l’UDC, conservatrice. Intellectuel, professeur de droit à l’Université de Zurich, il est également ouvertement homosexuel et s’est souvent fait remarquer par des positionnements opposés à la ligne du parti. L’ancien conseiller national (2015-2021) est un souverainiste convaincu. Il est membre de Pro Suisse, l’association succédant à l’Association pour une Suisse indépendante et neutre. Il peut compter sur le soutien puissant de l’UDC zurichoise et son profil urbain peut séduire à gauche. S’il n’est pas élu, ce ne serait que la deuxième fois depuis 1848 que le Canton de Zurich n’est pas représenté au Conseil fédéral.

Eva Herzog (61 ans) part favorite chez les socialistes. La conseillère aux États bâloise peut s’appuyer sur sa longue expérience politique, notamment à l’exécutif du Canton de Bâle-Ville entre 2005 et 2020. Après un échec en 2010, l’historienne de formation semble bien partie pour accéder au Conseil fédéral cette année. Représentant l’aile libérale du Parti socialiste, elle a de quoi séduire à droite également. 

Sa concurrente est la Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider (58 ans). Également conseillère aux États, l’assistante sociale de formation peut se targuer d’un long parcours politique, notamment à l’exécutif du Canton du Jura. Vice-présidente du Parti socialiste, elle ne part cependant pas favorite face à Eva Herzog, car représentant un canton latin. L’élection de la Jurassienne impliquerait une majorité de représentants de cantons latins au Conseil fédéral, même si Elisabeth Baume-Schneider est parfaitement bilingue. Son positionnement assez à gauche pourrait également lui faire perdre quelques voix à droite. En même temps, le Canton du Jura, depuis sa création, n’a jamais été représenté au Conseil fédéral. Et si cette année était la bonne?

Enjeux

À un an des élections fédérales qui verront tous les membres du Conseil fédéral se faire réélire (ou non), l’enjeu pour les nouveaux arrivants sera de convaincre pour garder leur siège en 2023. Surtout que la « formule magique » pourrait bien changer l’an prochain en fonction des résultats des Verts et des Verts libéraux, dont le poids électoral leur permettra vraisemblablement de prétendre à un siège au Conseil fédéral. Les Verts ayant renoncé à attaquer un siège lors de cette élection complémentaire, la composition actuelle du Conseil fédéral (2 UDC, 2 PLR, 2 PS, 1 PDC) durera au moins jusqu’aux prochaines élections fédérales, en automne 2023.

Au-delà de la représentativité mathématique des forces politiques, cette élection porte en elle le petit enjeu du respect de l’art. 175 de la Constitution, qui dispose que « les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral ». Pour l’instant, le Conseil fédéral est composé du Fribourgeois Alain Berset, du Vaudois Guy Parmelin, du Tessinois Ignazio Cassis, de la Haut-Valaisanne Viola Amherd et de la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter. Deux Romands, un Tessinois et deux Alémaniques.

Avec le départ d’un Zurichois et d’une Bernoise, on peut s’attendre à ce que deux Suisse-Allemands reprennent les deux places. C’est pour cela que le choix d’Elisabeth Baume-Schneider peut surprendre. Cependant, l’article constitutionnel laisse une grande part d’interprétation. On peut légitimement se demander si une personne parfaitement bilingue ne représenterait pas mieux les communautés linguistiques.

Au-delà de la langue, ce sont surtout des régions qui doivent être représentées. Certains se soucient donc de la potentielle absence d’un Zurichois au Conseil fédéral, l’agglomération de la ville de Zurich comptant près de 1.5 millions d’habitants. Comment justifier qu’une région qui abrite près de 20% de la population du pays ne soit pas représentée à l’exécutif national? Et d’un autre côté, les campagnes ne sont-elles pas surreprésentées au Conseil fédéral, sachant que trois-quarts de la population suisse habite en zone urbaine? On entend souvent aussi parler des zones périphériques. Peut-on refuser au Canton du Jura ce siège qu’il attend depuis longtemps ?

Cette question de la représentativité peut être poussée encore plus loin. Tous les actuels membres du Conseil fédéral, ainsi que les candidats sont âgés de plus de 50 ans. Aussi, à l’exception d’Ignazio Cassis, naturalisé suisse à l’âge de 15 ans, aucun membre ou candidat n’est issu de la migration. Sachant que près de 40% de la population suisse est issue de la migration (1ère ou 2ème génération), et que 20% de la population du pays est de nationalité étrangère, ne doit-on pas interroger la présence (quasi)exclusive de Suisses de souches à l’organe exécutif confédéral? Les socialistes ont aussi mis sur le tapis la question de la maternité ou paternité des élus. En encourageant les candidatures de jeunes mères, le parti de gauche cherchait à faire évoluer la fonction pour qu’elle soit compatible avec des responsabilités familiales. Par contre, aujourd’hui, plus personne ne demande une représentation équitable des diverses confessions de Suisse.

En poussant aussi loin les critères de sélection des candidats, on peut supposer que les partis passeront à côté d’un grand nombre de candidats sérieux et intéressants.. Car plus la liste d’attributs s’allonge, plus les choix se restreignent. D’un autre côté, cette étude du politologue de l’UNIL, Sean Müller, est arrivée à la conclusion que l’inclusion des minorités au Conseil fédéral est plus importante que celle des majorités, notamment pour le renforcement du sentiment d’unité du pays.

En tous les cas, la balle est maintenant dans le camp de nos parlementaires qui feront leur choix ce mercredi, et a priori, sans candidatures surprises. Une femme socialiste et un homme UDC remplaceront une femme socialiste et un homme UDC. Reste à savoir quelle femme et quel homme, même si la messe semble dite pour les observateurs politiques


[1] Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication

[2] https://www.rts.ch/info/suisse/13588718-qui-sont-les-quatre-candidates-et-candidats-au-conseil-federal.html#chap04

Crédits image: ©Lukas Graf, Licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license

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