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« Il n’y a pas de racisme dans le football »

Par Dario de Quarti

« Quand un black marque un but, tout le stade est debout. […] Non, il n’y a pas de racisme dans le football ». Ces propos datant de septembre 2020, aussi surréalistes qu’ils puissent sembler, appartiennent à Nöel Le Graët, Président de la Fédération Française de Football. Dissimulant une réalité bien antipodique, le problème du racisme dans le football est devenu, dès sa révélation au grand public au commencement des années 1980 (avec notamment l’émergence des groupes d’Ultras) une problématique de plus en plus pressante et dérangeante. Pressante, car les faits sont hebdomadaires, voire journaliers. Dérangeante, puisque les institutions, à commencer par la FIFA, sont d’une frilosité diplomatique. Cependant, les évènements récents ont démontré la nécessité d’une réponse urgente, impactante et coordonnée, oubliant la prévention au profit de la détermination.

En 1980, lorsque le stade Vélodrome de Marseille s’acharnait tout entier sur Joseph Antoine Bell, gardien camerounais de Bordeaux, en lui adressant un cocktail de bananes et insultes, la France s’indignait pour la première fois face au racisme de ces franges de supporters décérébrés qui profitaient de l’anonymat de la masse pour révéler au grand jour leur éducation lacunaire. Aujourd’hui, bien que de grandes avancées aient eu lieu, les épisodes étant plus isolés, force est de constater que le racisme reste très présent dans le football européen. Les persécutions vécues par Samuel Eto’o ou Mario Balotelli, parmi les plus connues, ne sont que la pointe d’un iceberg footballistique massif qu’il faut fondre avec urgence. Cependant, le besoin d’une réponse coordonnée a pu se remarquer de façon toute récente lors d’un épisode fort controversé.

Sebastian Coltescu est un arbitre international de football avec près de vingt ans d’expérience au plus haut niveau. Le 8 décembre 2020, il officiait pour la dernière fois lors de la rencontre Paris Saint Germain – Istanbul dans la prestigieuse Ligue des Champions. Ce match, qu’il croyait être son dernier par choix, est devenu sa croix. Il a en effet été l’auteur d’un épisode très maladroit que la communauté médiatique et sportive s’est empressée de définir comme raciste. Si on s’intéresse quelque peu à l’historique de l’arbitre, il n’a aucun antécédent de racisme. Sa carrière sportive a été marquée par de lourds échecs, l’ayant même mené à une tentative de suicide en 2008 lors de sa relégation en seconde division. Au mental, force de tout sportif d’élite, il parvint à revenir au plus haut niveau un an après. Ce 8 décembre 2020, il allait passer à l’histoire comme le premier arbitre raciste. Vraiment ?

Sebastian Coltescu était 4ème arbitre du match. A la 14ème minute, il décide d’appeler l’arbitre central, lui aussi roumain, Ovidiu Hategan, afin de lui demander d’exclure Pierre Webo, entraîneur adjoint du club stambouliote. Ses propos furent les suivants: « Va et met-lui [le carton rouge], au Noir, ce n’est pas possible, va et identifie-le, va vérifier, celui qui est Noir là-bas ». Noir en roumain se dit « negru ». L’équipe d’Istanbul crut entendre le mot « nègre ». Une révolte totale de la part des joueurs envers l’arbitre se lança alors. Pour la première fois dans l’histoire du football européen, les deux équipes rentrèrent aux vestiaires d’un accord unanime en signe de lutte face au racisme de cet arbitre.

« Not guilty », non coupable. L’Union des Associations Européennes de Football (UEFA) a déclaré, il y a quelques jours, que les propos de M. Coltescu n’étaient pas racistes. Elle a par contre sanctionné l’arbitre pour une violation du devoir de conduite éthique et loyale. La Fédération Roumaine a également demandé une sanction envers le club d’Istanbul car certains des joueurs avaient, antérieurement aux propos de Monsieur Coltescu, insulté les arbitres de « Gypsies », gitans. Ainsi, la version officielle des faits est diamétralement opposée à la version retenue par le grand public. 

Cette controverse reflète le problème principal du racisme dans le football : des instances du football qui ont toujours défini leur position « contre le racisme », mais dans sa version la plus floue et légère possible. Gianni Infantino, en 2019, président de l’instance, affirmait que « la FIFA fait beaucoup contre le racisme. […] Est-ce que c’est assez ? Non. Il y a toujours des accidents. […] Il faut trouver le bon équilibre : pour moi ce sont oui des sanctions efficaces mais pas démesurées, et éduquer. Parler avec le club, les supporters. Allez identifier les racistes, et « out ». Ce n’est pas le rôle de la fédération, c’est le rôle des clubs. Et nous on essaie de chapeauter tout ça. Nous on prodigue des conseils, après c’est aux clubs de les appliquer »(Je ne suis pas un Singe – Olivier Dacourt, 2019).

Ainsi, la FIFA affirme clairement que ce n’est pas à elle de sanctionner le racisme, mais qu’elle se doit de prodiguer simplement des conseils. Parmi ces conseils, la campagne « Say No To Racism » impliquant notamment un slogan « Non Au Racisme » omniprésent dans ses compétitions. 

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Cependant, les instances locales, régionales et nationales sont, à juste titre, perdues. Comment sont-elles supposées lutter face au racisme si elles ne savent ni comment ni quand se positionner ? C’est exactement le débat qui eut lieu suite à l’affaire Coltescu et qui se répète suite à toute suspicion de propos ou d’actes racistes. Les questions posées se répètent : est-ce raciste ? quelle est la sanction la plus constructive ? comment éviter cela dans le futur ? Le règlement est d’un flou juridique rare, laissant une grande place à l’interprétation, précisant uniquement que le match peut être arrêté en cas d’actes racistes sur décision de l’arbitre. En revanche, si un joueur quitte seul le stade, il peut se voir sanctionné pour avoir quitté le terrain de jeu sans autorisation de l’arbitre.

En attendant, l’image de M. Coltescu a été démolie et ses comptes de réseaux sociaux piratés. Par chance, lui-même et sa famille n’ont pas subi de dommages physiques mais cette incompréhension aurait pu être tragique. Par ailleurs, pour certains, le fait que l’UEFA accepte l’arrêt du match pour le faire rejouer 24 heures après prouve ce flou : si les actes étaient racistes, pourquoi faire rejouer le match si rapidement au vu du traumatisme psychologique vécu ? S’ils ne l’étaient pas, pourquoi accepter l’arrêt du match ? 

Pour lutter face au racisme, la stratégie préventive ne fait plus ses preuves. Comme l’invoquait Samuel Eto’o en 2018, il est temps de toucher au portefeuille des fautifs. Le racisme doit être sanctionné par une action internationale homogène et coordonnée inspirée par une incisive détermination. Cette problématique est trop profondément ancrée dans le plus beau des sports pour laisser place au flou. Les suggestions sont nombreuses : interdictions de stade, peines pénales, financières, sportives. Certaines sanctions existent déjà mais elles restent symboliques. Le sursis est fini. La prévention ne suffit plus. Les slogans n’auront pas suffi. Le racisme reste, parce qu’il n’est même pas compris. Le racisme reste, parce qu’on ne sait comment s’y opposer. Le temps est venu pour que “No to Racism” devienne une réponse agressive et universelle face au plus grand fléau du football actuel. Il doit devenir l’urgence majeure contre laquelle lutter afin que le football retrouve sa splendeur jusqu’en tribunes.  


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