Par Romane Vacca, Senior French editor au Graduate Press
Décembre est là et avec lui s’achève le “mois sans tabac,” cette initiative suisse mettant au défi les fumeurs de s’abstenir de leur dose de nicotine 30 jours durant. Que tu sois fumeur occasionnel, fumeur social, ou pompier confirmé, l’idée t’a peut-être déjà traversé l’esprit : remiser au placard briquets et cendriers et arrêter une bonne fois pour toute. Ne t’en fais pas cher lecteur, ce n’est pas parce que tu as raté le coche avec novembre qu’il faut jeter l’éponge (ou plutôt t’en rallumer une).
J’ai arrêté de fumer il y a un mois et du haut de ma sagesse incommensurable acquise ces 30 dernières lunes, je peux te dire que la vie n’est pas si mal de l’autre côté, et que le jeu en vaut la camel.
Pour le contexte, j’étais ce qu’on peut appeler une fumeuse invétérée, ou comme mes amis le disaient tendrement, je virais : “camionneur de 60 ans.” Vingt cigarettes par jour, pendant cinq ans, la dernière fois que mes poumons avaient reçu de l’oxygène, c’était pendant le confinement. Le plan d’attaque devait donc être en béton : après moultes recherches, j’ai accumulé quelques leçons qui m’ont permis de tenir, et je propose de te les partager en ces lignes. Alors si toi aussi tu en as assez de te réveiller en toussant, les voilà :
Que de bonnes raisons d’arrêter
Le premier pas, c’est de prendre la décision, et cette décision doit venir de TOI. Car oui, désolé à tous les proches de fumeurs qui harcèlent leurs être chers pour qu’ils mettent fin à cette vilaine habitude, tant qu’ils n’y seront pas intérieurement résolu, vous vous essoufflez pour rien. A ceux-ci, j’eus coutume de répondre : “fumer me détend,” ou encore; “ça m’aide à me concentrer.” Autrement dit, un beau ramassis de c…, erm, de bêtises.
En effet, Fumer ne dé-stresse pas, ou plutôt si, mais pendant les 60 secondes que dure une taffe. Sur le long terme, cela favorise l’anxiété et dégrade les capacités cognitives (et pour ça on a déjà TikTok, on va pas faire collection). Ainsi, si tu es comme moi et clame haut et fort que tu clopes pour te concentrer, tu ferais mieux d’éteindre cette cigarette et rentrer commencer ce final paper à rendre ce soir.
Survivre aux débuts
Admettons que, confronté à cette rhétorique implacable, tu décides de te lancer : la date est fixée, le dernier mégot écrasé. Je préfère être honnête : les 3 premiers jours ne figurent pas dans les meilleurs moments. Toux, déprime, difficultés de concentration, insomnie, j’en passe et des meilleurs.
Pour faire face à ces premières 72 heures (qui sont les plus difficiles), les solutions recommandées incluent souvent d’occuper la bouche, les mains et la tête. Tu constateras à ce moment là un pic dans ton budget chewing-gum/tic tac, mais pas de quoi perdre pied : c’est toujours mieux que de verser ton argent dans les poches de l’industrie du tabac.
Pour casser l’habitude, tu peux aussi saboter méthodiquement ta routine. Par exemple, tu fumes en attendant le tram ? Prends le vélo pour venir à l’institut (ou marche en évitant les travaux si tu as le malheur d’habiter à GM) ! Tu fumes entre deux cours ? Prends un café avec un·e ami·e à la place (sans remplacer ton addiction révolue par celle de la caféine, bien entendu) !
Entoure toi ! L’union fait l’abstinence
Rien de tel, pour tenir ses engagements, qu’une bande de copains prêts à te juger implacablement s’ils te reprennent une clope au bec. Alors pour être bien sûr de te t’y tenir, fais savoir à qui veut l’entendre que tu raccroches. Tes amis, tes collègues, ta voisine, ton épicier : toutes et tous devront avoir eu vent de ton sevrage imminent. Dans mon cas, nous en avons même fait une fête : un “enterrement de vie de fumeuse” pour célébrer en grande pompe la renaissance de mes poumons.
Les proches sont le mécanisme de contrôle le plus diablement efficace, mais aussi le soutien le plus précieux. Car oui, ils refuseront catégoriquement de te donner une cigarette en soirée mais surtout, ils seront là pour te distraire à chaque craving et célébreront avec toi la plus petite des milestone.
Chacun sa route, chacun son sevrage
Mon cher fumeur, si tu es encore en train de me lire à ce stade, c’est bien que tu es tenté de sauter le pas. Je te livre donc un dernier conseil et après tu peux t’y mettre, parce que cet article commence à se faire long, et que notre génération a l’attention spam d’un tabouret.
Il est vital de comprendre qu’il n’existe pas de méthode parfaite. L’addiction est une question complexe et s’en défaire ne tient pas qu’à la volonté. Le tout est de trouver la solution qui te convient, et ne pas hésiter à demander de l’aide à des professionnels. Ils te livreront stratégies ou potentiels substituts, bien mieux que moi qui ne suis ni titulaire d’un master en médecine, ni titulaire d’un master tout court. En revanche, je crois pouvoir te confier la certitude suivante : tu te sentiras mieux et ça te rempliras de fierté.
Alors, pour l’année 2026, au lieu de jurer que tu vas reprendre le sport, pourquoi ne jurerais-tu pas de reprendre ton souffle ?

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